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Jacques Dauer

Académie du Gaullisme
La Lettre du 18 JUIN Vingt-cinquième année – n° 202 – janvier 2018
"Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde."
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par Luc BEYER de RYKE
PEUPLES OUBLIÉS.PALESTINIENS ET KURDES

Noël approche. Le sapin se garnit de lampions, de boules multicolores, de petits personnages. Il est des sapins tristes lorsqu’accrochés à leurs branches se trouvent pendues des figurines qui représentent des peuples. On songe en particulier aux Palestiniens et aux Kurdes. Le hasard des rencontres avivé par les événements attira notre attention sur eux. Le mois dernier, Nabil Schaath vint à Bruxelles pour « vendre » à la Commission européenne l’accord de réconciliation inter-palestinien. Nous nous connaissions bien. Le temps s’est écoulé depuis qu’à la Moukhata nous nous retrouvions la nuit à la table d’Arafat. Nabil Schaath était alors ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne. L’homme avait de l’entregent et des amitiés américaines. Il n’est pas étonnant de le retrouver au cœur de négociations difficiles entre le Fatah et le Hamas. Avec un succès qui ne doit pas seulement à son savoir-faire. Il en est conscient. « Le Hamas s’est senti obligé de revenir vers ses frères séparés. Cela parce que dans la région les islamistes ont perdu beaucoup de leur influence. » Mon interlocuteur ne pêche pas par naïveté. « Il est certain qu’au sein du mouvement il en est pour continuer à promouvoir un État islamiste régi par la charia. Mais notre Constitution est laïque. L’Égypte à nos côtés est là pour contrôler le processus et assurer le rôle de médiateur. » Sans nul doute, mais cela ne suffit pas à préserver des embrasements. Les propos de Nabil Schaath datent d’avant le dramatique attentat qui a provoqué plus de trois cents morts dans le Sinaï. L’islamisme radical entraîne des alliances à la fois contre-nature et nécessaires. Mais lui-même s’en nourrit. La spirale est sans fin.

Alliances « contre nature »

Un tweet a été particulièrement remarqué. Celui du ministre israélien du Renseignement assurant qu’« Israël se tient épaule contre épaule avec l’Égypte. Il est temps de former un front contre le terrorisme ». Langage de bon sens mais, dans le même temps, Israël par la voix de Benjamin Netanyahou signifie qu’une présence du Hamas ne serait pas tolérée au sein de l’Autorité palestinienne. C’est à la fois souffler le chaud et le froid. Quelques jours après la visite bruxelloise de Nabil Schaath, Hind Khoury retrouvait Paris pour quelques heures là où elle avait représenté l’Autorité de 2006 à 2010. (Elle avait animé l’un de nos dîners-débats en compagnie d’Élie Barnavi en mars 2009.). Elle a brossé pour nous le tableau d’une colonisation israélienne de plus en plus étendue. À tel point qu’aujourd’hui en se confiant à certains toursopérateurs il est possible pour des touristes venant en Terre Sainte de retourner chez eux en n’ayant pratiquement vu qu’Israël. On retiendra essentiellement de ses propos la « marginalisation » de la question palestinienne. Et aussi l’inquiétude exprimée devant « les deux pôles qui se dessinent et s’opposent dans le monde arabe laissant prévoir une guerre dans la région ».

Les Kurdes dans la fournaise

La guerre, elle, a déjà lieu. En Syrie. Elle implique des Syriens dans des camps opposés, les Kurdes, les Turcs, les Irakiens, la coalition occidentale, la Russie et, se profilant derrière elle, l’Iran. Pendant que l’Arabie Séoudite est engagée au Yemen et fait sentir son influence au Liban. C’est là un tableau qui n’est pas exhaustif. En exergue de ma chronique j’ai évoqué les figurines, pantins désarticulés qui s’agitent sur l’arbre de Noël de nos inquiétudes. J’ai parlé des Palestiniens. Venons-en aux Kurdes. On le sait, il s’agit d’un peuple fractionné, écartelé, mangeant des lambeaux de terre turques, syriennes, iraniennes, irakiennes. Pour combattre Daesh on a eu besoin des Kurdes. Ils furent même le fer de lance illustré par la bataille de Kobane, nom digne de se voir inscrit à l’armorial des batailles célèbres. Maintenant que la victoire est remportée sur le terrain, les Kurdes embarrassent. Les Américains les lâchent, les Irakiens, par le jeu de négociations, réinvestissent Kirkourk. Quant à la Turquie « le Kurde, voilà l’ennemi ! » Alors que Barzani figure emblématique et patriarcale fait voter « ses » Kurdes irakiens pour l’Indépendance, la Turquie, comme l’Irak, mais pas elle seulement, refuse d’en tenir compte. Massoud Barzani démissionne. Une page nouvelle s’ouvre. Triomphante dans les chiffres, pas dans les faits.

Le Rojava et sa révolution sociale

Allons voir ce qui dans le même temps se produit du côté des Kurdes de Syrie. La guerre a entraîné une dislocation du pays. Bachar el Assad donné pour perdant l’emporte mais les Kurdes se sont taillé un état de fait aussi étendu que la Belgique nommé Rojava ou le Kurdistan de l’Ouest. On peut y étudier une société en voie complète de transformation. Ses cadres suivant en cela l’exemple de leur leader toujours reclus en Turquie, Ocalan, s’inspirent des théories d’un penseur disparu en 2006, Murry Bookchin, américain juif et gauchiste. Lui-même trouvait ses références dans la Commune de Paris. Ainsi, de manière surprenante, avec le Rojava naît une société « communaliste » assurant une large représentation aux femmes dont les modèles offerts sont ceux de Rosa Luxembourg et de Simone de Beauvoir. Le système patriarcal est mis en brèche au profit d’une démocratie locale dont la base est la commune. Les conflits sont arbitrés par des juges un peu semblables à ceux que nous appelons juges de paix chez nous. 90 % des affaires traitées le sont au niveau de la commune. Pour les affaires restantes exigeant une solution ou un arbitrage plus sophistiqué, des magistrats véritables en sont en charge. Quant à l’enseignement,quatre langues officielles sont reconnues : le kurde, l’arabe, l’araméen et le syriaque. Les prisonniers politiques, m’a-t-on assuré, ne sont composés que d’auteurs de crimes de sang. Mais pour appartenir à la Communauté de Rojava il faut obligatoirement signer la charte équivalant à un Contrat social. Cette charte prévoit que la forme choisie du vivre ensemble doit être recherchée à travers un régime fédéral. Ce qui n’est pas l’option des amis de Barzani dont l’objectif final demeure l’Indépendance.

Menaces sur les Kurdes

En conclusion, nous dirons que les Kurdes malmenés par l’Histoire demeurent divisés. Une fois Daesh éradiqué sur le terrain (ce qui ne fera pas disparaître le terrorisme…) les voisins risquent de se lancer à la curie à commencer par Bachar el Assad qui pourrait vouloir récupérer le territoire perdu du Rojava. Avec une Turquie prête à tout pour que les Kurdes disparaissent de la scène. Comme quoi on n’aura de cesse de se remémorer « l’Orient compliqué » du Général de Gaulle sans avoir la certitude de la comprendre même avec des « idées simples ».

© 10.12.2017
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