Entre les États-Unis et la Chine, la diplomatie. de gaulle Christine ALFARGE - Académie du gaullisme

Académie du Gaullisme
Président Jacques Myard
Secrétaire générale Christine ALFARGE
Président-fondateur Jacques DAUER
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         Entre les États-Unis et la Chine, la   diplomatie
du général De Gaulle    

  

par Christine Alfarge,
« Il est indispensable que ce que  nous disons et ce que nous faisons, le soit indépendamment des autres »
Charles De Gaulle
(Mémoires d’espoir)
« Si les Européens avaient voulu que l'Europe devienne une puissance, ils auraient été gaullistes au lieu de se déchaîner sans arrêt contre De Gaulle. Les Américains, eux, respectaient De Gaulle », rappelle Hubert Védrine lors d’un entretien. La France incarne un mélange d’histoire et d’évènement politique où l’image du général De Gaulle est omniprésente tant elle force l’admiration.
Grâce à l’action du général De Gaulle, l’idée européenne s’est imposée par les nations, les coopérations, le plan Fouchet, son esprit de concilier l’indépendance dans les choix stratégiques et   diplomatiques, tout en pesant dans les affaires du monde au rang et aux   intérêts de la France.
Comble du paradoxe aujourd’hui, le (faux) tournant gaulliste de Friedrich Merz, d’une Allemagne historiquement fédéraliste cherchant aussi une autre politique pour dominer en Europe face aux États-Unis, oublie que la France du général De Gaulle a toujours été alliée des États-Unis.
  
D’où l’on part ?
La Première Guerre mondiale redéfinit les contours de l’impérialisme américain, jusqu’en avril 1917, les Américains pensaient se conformer aux fondamentaux de leur politique, se tenir à l’écart des guerres européennes et faire du commerce avec tous les belligérants notamment les deux tiers de leur commerce extérieur avec les Européens. Mais l’empire   germanique fait peser des menaces sur les intérêts économiques américains qui   les entraînent dans la guerre.
  
A-t-on oublié l’histoire ?
En 1940, rappelons-nous que le soutien de Winston Churchill à De Gaulle, a été déterminant, sans doute parce qu’ils partageaient une certaine idée de la France. Churchill intervient en faveur du général De Gaulle : « Vous pouvez être sûr que j’ai fortement plaidé votre cause auprès de nos amis des États-Unis. Votre action qui a   rompu un arrangement concernant Saint-Pierre et Miquelon, a déchaîné une tempête qui aurait pu être sérieuse si je n’avais pas été sur place ». L’intérêt du monde s’est joué sans aucun doute à ce moment-là, face au nazisme.
Le 12 mars 1941, à la radio de Londres, De Gaulle se réjouit par l’adoption du Congrès américain du « Lease and Bill », la loi prêt-bail. Plusieurs mois avant l’attaque de Pearl Harbor, le général De Gaulle mesure la portée décisive de cet acte qui va permettre au Président américain d’accorder à ses alliés un soutien matériel presque sans limite.
« Au nom de la nation française, je remercie les États-Unis d’Amérique de la décision qu’ils viennent de prendre, sur l’initiative du Président Roosevelt, en ce qui concerne l’armement des   peuples qui combattent pour la liberté. »
« […]   Du point de vue moral, cette décision signifie que l’Amérique a pris ouvertement parti. Elle a jugé, une fois pour toutes, que la tyrannie des Dictateurs constitue le plus grand   danger et la plus grande infamie qui aient jamais menacé le monde. »
« […] Du point de vue matériel, le concours illimité de l’Amérique apporte à nos alliés et aux Français libres la certitude d’une supériorité croissante et implacable des moyens. » Charles De Gaulle
En août 1944, à Tournières, a lieu un moment historique entre les deux géants, Dwight Eisenhower, futur président des États-Unis et le général De Gaulle, chef de la France libre, qui décidèrent de la stratégie à adopter pour l’avancée et la libération de Paris. Le chemin   de la paix s’ouvre à travers cette entente cruciale pour l’avenir de la France. Cette rencontre est immortalisée dans notre histoire nationale.
  
L’influence américaine après la guerre.
Le général De Gaulle débute un voyage aux États-Unis   et au Canada, le 21 août 1945, au cours duquel il s’entretient à deux reprises avec le président Truman à Washington.« J’emportais du président Truman l’impression d’un chef d’État bien à sa place, d’un caractère ferme, d’un esprit tourné vers le côté pratique des affaires, bref de quelqu’un qui, sans doute, n’annonçait pas de miracles, mais sur qui, dans les cas graves, on pourrait certainement compter » écrit-il dans ses Mémoires de guerre.
« Me voici à nouveau aux États-Unis où je ne suis pas venu depuis quinze ans » écrivait le général De Gaulle sur son voyage du 22 avril 1960 au   cours duquel il rencontre un homme qu’il connaît bien, le Président Eisenhower. Bien qu’il serve à démontrer une nouvelle fois l’amitié ancienne et sincère de la France et des États-Unis, le but de ce voyage est surtout de préparer le sommet entre les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’U.R.S.S. qui se tient quelques semaines plus tard à Paris.  
Le 24 février 1970, Georges Pompidou et son épouse sont reçus à Washington par le président des États-Unis, Richard Nixon, appréciant l’élégance française incarnée par Claude Pompidou, ambassadrice exceptionnelle de la mode inscrite dans la diplomatie culturelle et le rayonnement français.
La rencontre Pompidou–Nixon illustre une diplomatie d’équilibre en pleine Guerre froide, préserver l’indépendance stratégique héritée de De Gaulle tout en réaffirmant le dialogue avec les États-Unis et la coopération occidentale après les tensions autour de l’OTAN.
  
Et la Chine ?
Les projets pour la Chine étaient inscrits dans le cheminement de la pensée du général De Gaulle. Après le long et douloureux processus de décolonisation en Algérie, la France bénéficiait notamment d’une grande écoute dans le Tiers monde. Elle incarnait un mélange d’histoire et d’évènement politiques et une vision du monde où sa voix devait pouvoir se   faire entendre. Le général De Gaulle voulait montrer au monde que la France est capable de faire bouger les lignes et d’établir un nouvel équilibre mondial obligeant d’autres nations à la suivre, y compris les Etats-Unis eux-mêmes. Dans son esprit, « en reprenant un jour des relations avec Pékin, il ne s’agirait pas de reconnaître un régime en tant que tel, mais de reconnaitre un fait évident, c’est qu’il y a un Etat qui gouverne la   Chine ». Le général s’exprimait : « L’intérêt du monde sera de parler avec les Chinois, de s’entendre avec eux, de faire des échanges commerciaux avec eux pour leur permettre de sortir de leurs   murailles…Ils ne pourront s’en sortir que s’ils s’ouvrent sur le monde entier et que le monde entier vienne les aider ». Le général De Gaulle franchira le pas le 27 janvier 1964 dans une action de longue patience, s’émancipant ainsi des deux blocs avec la même volonté partagée par la Chine de Mao Tsé-toung. « Les hommes ont toujours été attirés par les fortes individualités qui prennent leur destin entre leurs mains : attirance décuplée quand cette affirmation d’autonomie devient celle d’un peuple entier » écrivait Alain Peyrefitte. Pour le général De Gaulle, la coexistence des blocs n’assure pas la paix, ils sont par nature hégémoniques et contribuent à l’asservissement ou à la dépendance, d’où toute idée de contestation de bloc à l’Est comme à l’Ouest.
L’ouverture des relations régulières entre la Chine et la France était normale vis-à-vis du pays le plus peuplé du monde et pouvait s’analyser à un moment où la nation française était en paix sans engagement militaire extérieur, sans renoncer pour autant à disposer d’armes de défense modernes et puissantes.
À travers sa conférence de presse du 31 janvier 1964, le général De Gaulle exprimait publiquement la raison pour laquelle le gouvernement français avait décidé de reconnaître, de nouer des relations avec la république populaire de Chine : « La Chine, un grand peuple, le plus nombreux de la terre, une race où la capacité patiente, laborieuse, industrieuse des individus, a, depuis des millénaires, compensé le défaut de cohésion et de méthode. Le défaut collectif de cohésion et de méthode, a bâti   une particulière et très profonde civilisation. Un très vaste pays géographiquement compact et pourtant, sans unité. Etendu depuis l’Asie mineure et les marches de l’Europe jusqu’à la rive immense du pacifique et puis des glaces sibériennes jusqu’aux régions tropicales de l’Inde et du Tonkin, un état plus ancien que l’histoire, toujours résolu à l’indépendance, s’est constamment efforcé à la centralisation, d’instinct replié sur lui-même, et dédaigneux des étrangers. Mais consciente et orgueilleuse d’une immuable pérennité, telle est la Chine de toujours. L’entrée en contact de ce pays là avec les nations modernes lui a été très dure et très coûteuse. Les multiples sommations, interventions, expéditions, invasions, européennes américaines japonaises, lui ont été autant d’humiliations et de démembrements. Alors tant de secousses nationales, et la volonté des élites   de transformer, coûte que coûte leur pays pour qu’il atteigne à la condition   et à la puissance des peuples qui l’avait opprimée, ont conduit la Chine à la   révolution… »
  
L’évidence et la raison.
En reconnaissant le monde tel qu’il est, le général De Gaulle pensait notamment que les russes et les chinois sont et seront inéluctablement rivaux en Asie, des peuples très différents dont les intérêts ne peuvent être confondus, la Chine s’affirmant et voulant sa politique   étrangère. Il disait : « Il est vrai que la Russie soviétique a d’abord prêté à la Chine, un assez large concours…. Sans doute demeure entre Moscou et Pékin une certaine solidarité doctrinale qui peut se manifester dans la concurrence des idéologies mondiales, mais sous ce manteau de plus en   plus déchiré, apparaît la différence des politiques nationales. Et c’est pourquoi l’attitude et l’action d’un pays de 700 millions d’habitants ne sont réglées que par son propre gouvernement. Du fait que depuis 15 ans, la Chine presque toute entière se trouve rassemblée sous un gouvernement qui lui applique sa loi, et qu’elle se manifeste au dehors comme une puissance indépendante et souveraine, la France était disposée, en principe, et depuis des années à nouer des relations régulières avec Pékin ».
Le général De Gaulle rappelle que certains échanges économiques et culturels étaient pratiqués, et que des négociations avec les représentants chinois avaient eu lieu sur le règlement du sort de l’Indochine lors de la conférence de Genève en 1954 ainsi qu’en 1962 sur la situation du   Laos.
La politique étrangère du général De Gaulle a joué   pleinement son rôle pour la continuité du dialogue sur le continent asiatique tout en restant fidèle au principe que chaque nation doit être indépendante  et souveraine.
  
La guerre des empires aura-t-elle lieu ?
La Chine voit imminent le déclin économique et social de l’Europe. Profitant de cette faiblesse, elle développe un impérialisme sournois à travers sa stratégie de l’araignée tissant sa toile, marchant avec la naïveté de certains pays européens et le mercantilisme   allemand. Seuls, les Etats-Unis, face à l’offensive économique de la Chine, ont les moyens de la contenir.
Par ailleurs, détentrice de 40% de la dette   africaine depuis 2012, la Chine peut aussi impacter dans un sens ou dans un   autre la manière dont l’Afrique va passer l’actuelle crise économique.
  
Les enjeux géostratégiques à travers le temps long.
Il faut comprendre le monde où un nouveau centre de gravité asiatique avec de nouvelles confrontations territoriales en Asie-Pacifique implique une nouvelle donne entre les États-Unis et la Chine.   Le bras de fer a déjà commencé.
La part des pays occidentaux dans la production mondiale de richesses décroît au profit de l’Asie qui poursuit son inexorable montée en puissance. Cependant, à l’heure où les Etats-Unis connaissent une poussée de « China bashing » où la relation nippone est au   plus bas, l’Europe conserve son capital de sympathie en Chine, en particulier la France qui depuis les années 2003 et 2004 à travers la « sino-béatitude » a magnifié l’insertion de la Chine dans l’économie mondiale. Malgré son affaiblissement institutionnel et économique, l’Europe, première cliente de Pékin, est cruciale pour les exportations   chinoises. Or, au moment où la Chine doit faire face à la montée des inégalités sur son vaste territoire, le fameux « moteur exportateur chinois » est avant tout le garant de la paix sociale, puisqu’il fournit des millions d’emplois aux travailleurs les moins qualifiés.
En dépit des turbulences que connaît la zone euro, celle-ci apparaît paradoxalement comme un point de stabilité pour la Chine et donc pour le reste du monde.
         
Les Etats-Unis regardent « vers l’Est ».
Les Etats-Unis veulent défier la Chine dans le Pacifique. Selon l’Organisation de coopération et de développement économique : « l’équilibre de la puissance économique va fortement basculer au cours des cinquante prochaines années ». En septembre 2012, lors du Forum de Coopération économique Asie-Pacifique, les Etats-Unis affirmaient avec force leur ancrage dans cette région dont ils sont persuadés qu’elle est en train de devenir le nouveau centre de gravité du monde.
Désormais, deux blocs économiques concurrents existent dans le Pacifique, un Partenariat transpacifique regroupant le Canada, le Mexique, l'Australie, Bruneï, le Chili, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, le Vietnam et les États-Unis, de   l’autre une proposition chinoise exclusivement asiatique avec en toile de fonds des querelles territoriales sur des îles du Pacifique venant affaiblir les relations sino-japonaises pouvant remettre en cause l’accord de libre-échange tripartite des Chinois.
  
Le continent asiatique devient un phare du développement international.
En 2015, la Chine dispose d’un surplus d’individus de sexe masculin de 15 à 20 millions. De tels déséquilibres démographiques ont coïncidé, dans l’histoire du pays, avec des périodes d’instabilité et d’aventurisme. En outre, la Chine fait face aux problèmes structurels bien connus que sont la croissance du chômage, la migration des campagnes vers les   villes, et la contestation politique menée par la secte Falun gong. Ces quatre problèmes ne sont pas sans lien entre eux. Carrefour culturel sur plusieurs siècles, l’Asie du sud-est s’illustre aujourd’hui comme un carrefour économique dont chinois, américains mais aussi indiens et russes   ont compris l’importance stratégique et géoéconomique.
Cette partie asiatique très convoitée pour d’importantes ressources naturelles, est représentée par l’association des nations de l’Asie du Sud-Est, composée de dix pays : la Birmanie, Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam que les grandes puissances dépendantes voudraient comme partenaires régionaux. La tension palpable en mer de Chine méridionale, avec des signes apparus au printemps 2012 sous le regard attentif des Etats-Unis, porte à nouveau tous les regards en direction de l’Asie du sud-est qui devient la scène de nouvelles confrontations. La mer de Chine méridionale qui s’étend de Singapour, au sud-ouest, à Taïwan, au nord-est, est très riche en matières premières, ce qui attise notamment la convoitise de la Chine, du Vietnam, et des Philippines. Tous revendiquent la   souveraineté des îles existant au milieu de l’océan Pacifique. De manière plus prosaïque, l’Asie du sud-est représente un marché de 600millions   d’habitants.
L’Union européenne doit y mener une politique économique plus offensive. À travers l’action diplomatique, la France doit jouer son rôle en s’affirmant comme une grande puissance en Asie-Pacifique vis-à-vis de l’Indonésie, puissance régionale ainsi que Singapour. Cette politique s’inscrit dans la continuité du dialogue poursuivi par le général   De Gaulle lorsqu’il plaide pour la pacification de l’Asie du Sud-Est.
Le 27 janvier 1964, la reconnaissance de la Chine populaire par le général De Gaulle symbolise le retour de la France sur la scène internationale, en particulier l’Asie. Comme il le confie à Alain Peyrefitte, à l’issue du Conseil des ministres du 22 janvier 1964, avec la   reconnaissance de la Chine, « nous allons tourner la page coloniale, celle des concessions en Chine comme celle de l’Indochine française. Cela veut dire que la France revient en tant qu’amie, et que nous pourrons aider la Chine dans la mesure de nos moyens ».
Sur les réalités nationales au Proche et au Moyen-Orient, le général De Gaulle avait la volonté d’une politique d’équilibre et de paix. Le général De Gaulle savait que chaque décision de sa politique étrangère marquerait son temps, celui des futures générations.
Sur le continent asiatique, il a accompli le cheminement de sa pensée sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la reconnaissance de la souveraineté et l’indépendance des états.
Quant à l’Europe des nations, elle incarne la voie moderne de l’indépendance qui s’inscrit dans la continuité comme le but essentiel et l’instrument permanent de la politique française ouvrant la voie à toutes les indépendances.
Là où se trouve une volonté, il y a un chemin. (Winston Churchill)

En juin 1940, on résistait avec courage face à l’ennemi. Aujourd’hui, il s’agit de résistance au changement alors que l’idée de développement est nécessaire pour permettre à notre pays d’avancer. Mais l’environnement fait que nous n’arrivons plus à générer la même croissance, ce qui nous rend encore plus interdépendants face aux blocs. La France ne manque pas d’atouts, elle est capable de s’adapter, mais les évolutions en cours nous obligent à faire un diagnostic sur nos forces et nos faiblesses.
               *Christine ALFARGE Secrétaire générale de l'Académie du Gaullisme.
               

© 01.06.2026

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