« Le Génie français, de Colbert à De Gaulle, et après ? »Christine ALFARGE - Académie du gaullisme

Académie du Gaullisme
Président Jacques Myard
Secrétaire générale Christine ALFARGE
Président-fondateur Jacques DAUER
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   « Le Génie français, de Colbert
       à De Gaulle, et après ? »
« Vieille France, accablée d’histoire, meurtrie de guerres et de révolutions,
allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin  mais
redressée de siècle en siècle par le génie du renouveau. »  
Charles De Gaulle.

par Christine Alfarge,  
Peu d’hommes ont offert à la France une volonté et une clairvoyance en pensant ou en agissant pour la grandeur du pays. Ne dit-on pas qu’il faut vivre avec son   temps ? Mais ce temps présent n’est riche que de la transmission des valeurs ou de l’inspiration d’un modèle qui fit la grandeur de la France.
  
Pourquoi l’histoire ne renouerait-elle pas avec l’ambition économique ?
À son époque, Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des Finances, ministre de Louis XIV, illustre parfaitement ce souci   permanent de hisser la France à un rang de grande puissance avec pour fidèle   devise : « Pour le roi souvent, pour la patrie toujours ». Après   trois siècles d’histoire du rayonnement de la France du roi Louis XIV, puis de Napoléon 1er, le général De Gaulle incarnera cet esprit de   grandeur au service de notre pays en parlant « Au nom de la France ».

On ne peut servir l’État qu’à partir des réalités.
De Colbert à De Gaulle, il s’agit de bien servir   l’Etat dont l’intérêt général en sera le grand principe. Leur caractéristique commune est d’arriver au pouvoir dans une économie désastreuse, leur force sera de faire converger les domaines contribuant au développement du pays mais naturellement un pays ne peut se développer sans   avoir des finances à l’équilibre, créer de la richesse et produire chez lui, en l’occurrence français, la souveraineté nationale en dépend.
À son époque, Colbert régit tout, réforme tout, assure une relance à lui tout seul. Plus tard avec Napoléon, les contours d’une nouvelle France se dessinent alors, place au Consulat avec d’importantes réformes dont l’ensemble des grands corps de l’État seront nommés par lui, tels que les Préfets, le Conseil d’État, la Cour des comptes, etc… « La souveraineté réside dans le peuple français, dans ce sens   que tout, tout sans exception, doit être fait pour son intérêt, pour son   bonheur et pour sa gloire. »
Dans la lignée des grands réformateurs, le général   De Gaulle gouverne par la confiance, instaurant de nouvelles institutions auxquelles il associe les Français. À son retour aux affaires en 1958, si les efforts du redressement économique et social portent leurs fruits dès 1962, le général De Gaulle écrivait avec lucidité dans ses Mémoires d’espoir : « Aux prises avec les réalités matérielles et humaines dans un   domaine où tout n’est qu’âpreté, où rien ne se trouve acquis une bonne fois, et sans retour ; où, quoi que l’on obtienne, personne ne s’en contente à beaucoup près. Je vérifie chaque jour que l’économie comme la vie, est un combat   au long duquel il n’y a jamais de victoire qui soit décidemment gagnée. Même   le jour d’un Austerlitz, le soleil n’y vient pas illuminer le champ de   bataille. »
  
Une certaine idée de la France.
Même si le sens de l’Etat est bien souvent inné, il faut toujours des circonstances exceptionnelles où des hommes, avec une   influence déterminante, se révèleront. Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à se mettre en danger pour respecter l’idée qu’il se fait de son pays ? Est-ce l’origine du milieu auquel il appartient qui conditionne ses actes ? Colbert est déjà rompu à l’exercice du pouvoir lorsqu’il   bénéficie pour le plus grand bien de l’Etat de la disgrâce du surintendant aux finances Nicolas Fouquet. Sa philosophie économique repose à la fois sur l’équilibre budgétaire et le mercantilisme, il contribuera ainsi à endiguer le creusement du déficit battant tous les records sous Mazarin laissant à sa   mort 27 millions de livres de dettes à l’Etat alors qu’il n’y en aura plus que 8 millions à la mort de Colbert.
Pour ce dernier, le commerce était aussi un gage de richesse nationale à condition bien sûr que ce soit des marchands français,   il disait : « Les marchands étrangers sont comme des pompes qui tirent hors du royaume la pure substance de nos peuples (…) ; ce   sont des sangsues qui s’attachent à ce grand corps de la France, tirent son sang et s’en gorgent. »
Pour Charles De Gaulle, militaire, d’une éducation   stricte, rien ne le prédestinait à gouverner en pensant aux plus défavorisés dont les femmes auxquelles il octroiera le droit de vote en 1944 et la classe   ouvrière.
Tout en pensant à la bataille de la France, il avait en tête la reconstruction du pays adressant notamment un message au Congrès technique de la France au combat le 19 mars 1944 : « Il s’agit que l’Etat lui-même prenne en main l’ensemble du problème, qu’il conçoive et qu’il dirige effectivement l’activité économique du pays et de l’Empire. Lui seul peut, désormais, le faire d’une manière suffisamment concentrée et, par suite, économique. Lui seul aussi est en mesure d’adapter le progrès social au progrès des richesses générales. »
En 1958, la situation financière de la France est extrêmement préoccupante, il n’y a plus de réserves en devises, la dette extérieure est phénoménale, le déficit du commerce extérieur abyssal. Le seul choix s’imposant au général De Gaulle est la remise en équilibre des finances et de l’économie, rappelant auprès des Français la nécessité de l’effort qui porte notamment sur la stabilité des prix, l’équilibre du budget et le soutien aux investissements. Il obtient leur confiance, gage de proximité à travers tous les déplacements effectués dans les territoires pour expliquer sa politique nécessaire à la réussite du redressement économique du pays.
Dans ses Mémoires d’espoir, Tome1, Le Renouveau (1958-1962), le général De Gaulle écrira : « La   politique et l’économie sont liées l’une l’autre comme le sont l’action et la vie. Si l’œuvre nationale que j’entreprends exige l’adhésion des esprits, elle implique évidemment que le pays en ait les moyens. Ce qu’il gagne grâce à ses ressources et à son travail ; ce que sur ce revenu total, il prélève par ses budgets, soit pour financer le fonctionnement de l’Etat qui   le conduit, l’administre, lui rend justice, le fait instruire, le défend, soit pour entretenir et développer par des investissements les instruments de son activité, soit pour assister ses enfants dans les épreuves que l’évolution fait subir à la condition humaine ; enfin ce qu’il vaut au sens physique du terme, et par conséquent, ce qu’il pèse par rapport aux autres, telles sont les bases sur lesquelles se fondent nécessairement la   puissance, l’influence, la grandeur, aussi bien que ce degré relatif de   bien-être et de sécurité que pour un peuple, ici-bas, on est convenu d’appeler le bonheur.
Cela fut vrai de tous temps. Ce l’est aujourd’hui plus que jamais, parce que tout individu est constamment en proie au désir de   posséder les biens nouveaux créés par l’époque moderne, parce qu’il sait qu’à cet égard son sort dépend d’une manière directe de ce qui se passe globalement et de ce qui se décide au sommet ; parce que la rapidité et l’étendue de l’information font que chaque homme et chaque peuple peuvent à tout instant comparer ce qu’ils ont relativement à leurs semblables. Aussi   est-ce là l’objet principal des préoccupations publiques. Il n’y a pas de gouvernement qui tienne en dehors des réalités. L’efficacité et l’ambition de   la politique sont conjuguées avec la force et l’espérance de   l’économie. »
   
Mettre tout en œuvre pour assurer l’indépendance nationale.
Soucieux d’un commerce extérieur florissant, à la balance excédentaire, garant de la richesse nationale et au service de l’indépendance économique de la France, Colbert disait : « Si nos fabriques imposent à force de soin la qualité supérieure de nos produits, les étrangers trouveront avantage à se fournir en France et leur argent affluera dans les caisses du royaume. » Somme toute, il est le premier à lutter contre les délocalisations incitant les entreprises à produire en France parce que   selon lui « on importe trop parce que l’on fabrique mal. »

Volontarisme et clairvoyance.
Nous nous sommes trop éloignés du colbertisme depuis le général De Gaulle. Le général De Gaulle avait compris bien avant son retour au pouvoir en 1958 que l’ingérence de l’Etat était indispensable dans les affaires économiques du pays. Il disait « L’Etat lui-même a besoin d’une organisation nouvelle. Non seulement il faut des organes propres d’études et de direction capables d’éclairer et d’exercer ses pouvoirs, mais   il lui faut aussi la consultation permanente des grandes catégories nationales intéressées : travailleurs, producteurs, et techniciens. »
À traversl’histoire, de la royauté à la république, la réussite et le rayonnement du pays dépendront de l’équilibre des finances, gage d’indépendance nationale, de développement économique et social, d’investissements publics en fonction de l’intérêt général.
« Dans le monde d’aujourd’hui, rien ne vaut que par comparaison » disait le général De Gaulle, toute sa politique sera   basée sur la prospérité économique et financière de la France vis-à-vis de   l’extérieur mais aussi comme Colbert à son époque, d’agir dans tous les domaines des arts et des sciences.
  
Et après ?
Selon Hervé Gaymard : « Nous n’aimons   pas assez notre industrie. Elle n’est pas encouragée dans les choix d’orientation scolaire. Les politiques ne s’y intéressent guère. Et la finance française s’en défie : ce sont des entreprises ou investisseurs étrangers qui ont racheté nos usines, dont certaines étaient promises à la fermeture, et ont su le plus souvent les rendre viables, là où les Français avaient déjà renoncé. […] Plutôt que de défendre l’industrie, malgré des atouts décisifs comme la qualité de la main d’œuvre et le coût plus faible qu’ailleurs de l’énergie, grâce au nucléaire, les élites économiques et politiques, et même syndicales par aveuglement idéologique, se sont résignées à la délocalisation ».
Comment les règles qui nous permettent de vivre ensemble, peuvent-elles émerger, se construire dans un espace européen où l’on entend parler que de monnaie et de marché à défaut d’autres moyens ? Est-ce possible d’organiser efficacement la production et la répartition des biens et des services en se passant de la monnaie et du marché ? Pour Freud, on peut dire que « la monnaie est un facteur d’évitement de la menace sociale, la peur de l’abandon, de la famille, de la   prédation. La monnaie transforme en violence physique pour l’appât du   gain ».
Depuis des siècles, l’économie connaît des périodes sombres dont toutes les leçons n’ont pas encore été tirées notamment l’accroissement des tensions avec une opposition croissante entre le monde de la finance et des détenteurs de capitaux et les citoyens contribuables étouffés par des plans d’austérité, perdant confiance en leur propre avenir et celui de leurs enfants. Force est de constater que d’après Bruno Colmant, « l’austérité budgétaire et la rigueur monétaire qui ont guidé l’action politique dans l’UE depuis la crise de 2008 ont eu des effets contraires à l’effet recherché. L’euro empêchant une dévaluation de la monnaie des pays en difficultés, ces derniers ont été obligés de procéder à une dévaluation  interne, c’est-à-dire une contraction budgétaire et une modération salariale, lesquelles exposent leurs économies aux risques de la déflation et du piège de la liquidité (baisse de la consommation, baisse de   la production et baisse de l’emploi). »
À partir du moment où les dettes publiques atteignent des sommets, la croissance économique seule ne peut pas les éroder. Outre le fait que croissance et innovation sont plutôt l’apanage des États-Unis et de l’Asie, une réduction des déficits est à fortiori impossible à réaliser dans une économie qui ne croît pas.

Les causes de déflation.
Si l’euro s’avère une cause de déflation, il n’en est pas la seule, ni même la première. Les principales causes de la déflation sont la désindustrialisation et l’État-providence, situations aggravées par une myopie de la classe politique qui, aux dépens des générations futures, s’est servi de l’endettement pour financer des dépenses de fonctionnement   plutôt que des investissements.  
Actuellement, si le deutschemark était utilisé, il serait surévalué et pénaliserait les exportations des entreprises locales. Les banques allemandes détiennent, en 2015, 216 milliards d’obligations publiques de la zone euro répartis entre autres sur l’Espagne 35%, la Grèce   19%, l’Italie 77%, la France 21%, exposées à un risque de faillite en cas de cessation de paiement de tous ces pays. La zone euro est un marché vital pour l’Allemagne, le commerce vers ces pays représente 16% de sa richesse. L’Allemagne a toujours rechigné à mettre la main à la poche, pourtant elle n’a pas d’autre choix que de rester dans la zone euro dont elle a été le plus   grand bénéficiaire de cette monnaie.
  
Ce sera l’inflation ou la révolution !
Bruno Colmant préconise notamment dans son dernier ouvrage : «  Seule une perte de valeur monétaire (dévaluation ou inflation) permettrait de stabiliser la situation et d’éviter les effacements purs et simples de dettes dans certains pays. L’histoire donnerait-elle raison à Marx en ce qu’à ses yeux l’annulation de la dette publique passerait par la révolution et l’abolition de la propriété privée ? ». « Pour éviter de tomber dans le délire nihilo-marxiste, écrit Bruno Colmant, l’excès d’endettement devrait être le seul problème qui occupe nos dirigeants, dans le respect de la solidarité sociale et de la compétitivité économique ».
Que pense-t-il sur l’euro ? « L’euro, artifice monétaire ou réalité économique, ce sont les deux avec lesquels on va devoir vivre. On peut demander la sortie de l’euro, mais on ne peut jamais en sortir. L’euro est trop faible pour les pays forts et trop fort pour les   pays faibles. Il est difficile de défaire, il faut d’abord introduire une   monnaie nouvelle et voir ce qui se passe ».
Ce n’est pas sans évoquer également le dernier combat de Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes en 2004, mettant en garde contre la dérive des finances publiques, les gouvernements qui se sont succédé. « Les comptes en désordre sont la marque des nations qui s’abandonnent » disait-il.
Alors méditons ces mots d’un des plus grands serviteurs de l’État, dans les pas de Colbert ou Charles De Gaulle, Philippe Séguin, homme de l’intérêt général, travailleur acharné, rappelant plus près de nous que le génie français réside dans l’intelligence et le sens du bien public offrant à la France un volontarisme et une clairvoyance indispensables   à la souveraineté et au développement économique du pays.
  
Si la puissance d’un pays se mesure militairement, elle résulte aussi de son ambition économique et la force de son industrie. La place de la France dans le monde en dépend, un message crucial pour les   générations qui vont suivre !
               *Christine ALFARGE Secrétaire générale de l'Académie du Gaullisme.
               

© 01.02.2026

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